Amour criminel Vs. homophobie légale

par Ons Bouali

Tag sur les murs de Tunis qui rompt le silence sur l’article 230 du code pénal

De la liberté oui, mais pas trop. Juste ce qu’il faut pour ne pas froisser le peuple. Car le peuple n’est pas prêt pour la liberté qu’il ignore. Il veut un tiers de ça, un quart de l’autre. De la liberté pour les uns mais pas les autres. Les autres ? Un tas d’opprimés dans une société de castes. Les femmes qu’on ne veut plus entendre, les minorités religieuses, ethniques et enfin sexuelles. Ces dernières s’entendent dire que la norme c’est un homme et une femme. Point. Et pour cause, nous, les « normaux » avons réduit l’humanité à une meute de bovins reproducteurs. Voilà ce que nous sommes. Des bovins qui s’endettent pour un lit et une robe puis s’empiffrent un soir et s’affament jusqu’à la mort. Notre norme, c’est des divorces à la pelle, des épouses qu’on cogne fièrement et des enfants qu’on abandonne.

L’amour ne serait permis qu’à la norme. Il lui faut une même religion, une même région, un même salaire et deux sexes différents. Qu’est-ce que la norme quand la nature a voulu la différence ? Où est la liberté de ceux qui n’ont pas choisi d’être ? L’homosexualité n’est pas un choix, si ce n’est celui de la nature. Les Hommes ont peur de la nature, tellement peur qu’ils font des lois contre-nature. Comme cet article 230 qui vous séquestre pendant trois ans pour avoir honoré la vôtre. "La sodomie, si elle ne rentre dans aucun des cas prévus aux articles précédents [attentas aux particuliers], est punie de l’emprisonnement pendant trois ans."

Vous êtes hors la loi. Votre corps est hors la loi. Votre existence est hors la loi. Il est vain d’empêcher les humains d’être ce qu’ils sont. Cet article ne sert que la répression. Combien d’hommes ont-il croupi derrière les barreaux pour leur différence ? Combien d’hommes ont-ils subi l’abus de la police sous couvert d’une loi inquisitrice ? Bien des hommes sont victimes de crimes homophobes, d’agressions physiques et verbales pour les plus chanceux. Et quand ils s’en vont porter plainte c’est eux qu’on embarque à la lumière de l’article 230.

« Ce n ‘est pas le moment », chuchotent les progressistes. Non, ce n’est pas le moment de vouloir la liberté pour tous et d’exiger un cadre juridique pour protéger les minorités quelles qu’elles soient. Ce n’est pas le moment de mettre fin à l’injustice légale, revenez à la prochaine révolution. Il faudrait terrer les minorités tunisiennes et réduire au silence leurs différences parce que bientôt se tiendra des élections que ces politiques là ne gagneront pas. Le discours fasciste du « nous sommes tous » n’a pas porté ses fruits. Ce discours là nous perdra. Qu’on se le dise, nos progressistes ne progressent pas. Ils sont juste un peu moins conservateurs que les plus conservateurs. Avec la même soif naturelle de pouvoir cela dit. Ils ont l’humanisme sélectif. Un humanisme frileux et variable. Un humanisme de vitrine tout comme le féminisme de celles qui braillent dans les médias et la mettent en veilleuse une fois chez elles.

Aucune cause noble ne vaut mieux qu’une autre mais il est vrai que certaines sont plus urgentes que d’autres. Si l’on veut taire, pour des calculs électoralistes, les homosexuels qui ne veulent que la dépénalisation de leur existence, autant taire l’homophobie dont ils sont victimes. Mais il n’en est rien. Le 17 mai est passé inaperçu. C’était la journée mondiale de la lutte contre l’homophobie. Contre la haine de la différence et la stigmatisation d’une minorité. Contre la violence morale et physique envers des êtres humains en somme. Pour l’occasion, la chaine Ettounsia n’a trouvé rien de mieux à faire que de diffuser un sketch homophobe dans un festival de clichés nauséabonds. (voir la vidéo ici)

Où s’arrête la liberté d’expression ? On se moque bien des noirs et des handicapés, pourquoi pas des homos ? Quand un peuple voue une haine viscérale pour les homosexuels, lui donner à voir l’objet de sa haine ne fait que la nourrir. Quand l’homosexualité est considérée, à tort, comme une perversion, la mettre en scène de la sorte donne raison aux préjugés. Quand les homosexuels n’ont aucune loi qui les protège de l’intolérance et risquent la prison pour ce qu’ils sont, l’homophobie ne devrait pas être banalisée à la télé.

Résultats des courses, quelques jours plus tard, une meute de salafistes distribuent des tracts à la Marsa appelant à tuer les homosexuels. (voir le tract ici) Une poignés de courageux s’indignent mais la société civile reste aux abonnés absents. Elle ignore qu’aujourd’hui ce sont les homosexuels et que demain et pour d’autres différences, viendra son tour dans ce même silence assourdissant.

Je dis que les Hommes ne sont pas nés pour être convenables. Il n’y a qu’à l’amour et à leur nature qu’ils devraient faire honneur. Les normes ne sont bonnes qu’à les enchainer jusqu’à la tombe et les vies sous vide sont d’un médiocre. Si certains sont différents des autres, ils ont tout de même le droit d’être. C’est un devoir que de protéger les uns de la haine des autres.

Parce qu’il en faut du courage pour assumer sa laideur, nous sommes incapables de regarder la nôtre. Bienvenus chez nous donc. Des Droits de l’Homme en veux-tu en voilà. De l’homophobie à faire de l’audimat, de la haine sans complexe qui fait rire le monde et des appels au meurtre dans l’indifférence. Le tout, sous le regard d’un peuple qui se tourne les pouces, bouffe sa misère et se branle sur celle des autres.

NDLR : Le cœur m’a arraché la plume des mains. J’écris à la vie. J’écris pour moi-même ou pour tous ceux qui ne savent pas lire. Qu’on me traite de fou, ça m’amuse. Je vous méprise.

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