Wahhabisme ou quand le prédicateur cache le pédophile.

 

Entre burlesque et abjecte, des images sorties d’un film de science-fiction sont relayées par la page facebook de Radio Zitouna. Nabil El Awadhi, prédicateur du Koweït connu pour sa croisade contre Bob L’Eponge – qui faut-il le rappeler, est un personnage de dessin animé – est venu sillonner nos routes mal goudronnées et nos villages miséreux. Avec ses airs de cow-boy en robe longue, IPhone et Sebha à la main, celui qui ne dépasse aucune épaule de ses accompagnateurs, semble avoir vengé sa petitesse sur la grandeur de nos terres. Excusez du peu ! L’Etat Tunisien lui-même, en la personne du conseiller de la présidence Imed Daimi, déroule le tapis rouge.  L’invasion peut donc commencer.

Mercedes clinquante à faire pâlir les richards et gardes du corps ventripotents en motos rugissantes. L’homme qui vit de la peur candide des ignorants fait son entrée de star : « Moi, représentant de Dieu sur Terre, je suis venu voiler vos filles impubères et les caresser par la même occasion. Otez-leur donc les biberons. »

La suite est intenable. A Zarsis, un mets de filles ne dépassant pas les quatre ans, enroulées dans un tissu de vergogne sera offert aux appétits dissimulés sous les kamis. La bave d’envie est perceptible et les mains lourdes de vice n’hésitent pas à se poser sur les bouts d’humains. Seuls quelques Masha’allah en interjection viendront interrompre les sourires satisfaits des loups enturbannés.

Appelons un chat un chat Messieurs Dames et autant commencer par la fin : celui qui voile une enfant autant que celui qui cautionne cet acte est un pédophile latent. En 2011, j’écrivais dans « Le voile est sexuel, protégeons les enfants », un billet toujours d’actualité : Il n’y a pas d’attitude plus perverse que de sexualiser le corps d’une enfant en la voilant, au même titre que la prostitution infantile. Voiler une fille, c’est l’élever au rang de femme. C’est faire d’elle un être trop tôt sexué, un être sexuel qui n’en a pas encore la nature. Ceux qui arborent fièrement leurs enfants voilées offrent au regard des plus vicieux les lolitas musulmanes. Au bonheur des pédophiles en puissance, des Nabokov aux aguets, la plume poétique en moins. Ces parents là, commettent un crime à l’encontre de l’enfance.

Qu’en est-il un an et demi plus tard ?

Ce qui paraissait comme isolé ou anecdotique laisse place au méthodique : l’embrigadement de la jeunesse par l’abrutissement et la peur. Le terrain est fertile pour planter le wahabisme rampant. La misère, l’ignorance, l’ennui, tout les éléments sont là pour accueillir le fascisme du XXIe siècle. Des petites filles qui crient « Moutou bi ghaïdhikom », n’est-ce pas là notre jeunesse hitléro-ghannou-chienne ?

Interrogée sur le va-et-vient des stars wahhabites, la Ministre des affaires de la Femme et de l’Enfance, Sihem Badi, ne semble pas inquiétée par la razzia des prédicateurs. Elle l’était encore moins lors du viol d’une jeune fille par deux policiers. « Les parents décident pour leurs enfants. » conclut-elle. C’est aussi ce que pensait Faydan Ghamdi, prédicateur saoudien sur les chaines religieuses, en violant et tuant sa propre fille de cinq ans sur qui pesait le doute de non virginité. A cinq ans. Cinq ans. Il s’en tire avec une poignée de Riyals et quelques mois de prison.

Derrière la compromission et la fermeté creuse de ses mots, Mme Badi rechigne à reconnaître son incapacité à assumer son rôle d’homme d’Etat. Assurer le bien-être et l’intérêt suprême de l’enfant à travers un système efficace comprenant des lois, des politiques, des procédures et des pratiques destinées à prévenir et à lutter efficacement contre les divers problèmes de maltraitance, de violence et de discrimination. Visiblement, nous ne connaissons des devoirs de l’Etat que les théories enseignées en cours et nos aspirations utopiques. Et pour cause, notre Etat est en pleine déliquescence. Réprime mais ne protège pas. Taxe mais ne rend rien.

Qu’il en soit ainsi. Anciennement terre d’accueil, la Tunisie est désormais une terre d’asile pour les fous furieux venus de la péninsule arabique. Une clinique psychiatrique à ciel ouvert où les pervers truffés de pétrodollars revendiquent leurs pathologies aux yeux et au su de tous et qui plus est, nous exhortent de les imiter, un bissmellah à la bouche.  A quand l’indignation ?

NDLR : Article paru dans Femmes de Tunisie (février).